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Juil 17 2013

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Un bouton pour… (échange avec Jean-Philippe Depotte, juillet 2013)

Un bouton pour revenir vingt ans en arrière. Revenir au voyage, à la troupe joyeuse qui ce jour-là, sur un parking d’école primaire, embarque pour trois semaines.

Un bouton pour parcourir l’Europe en bus à nouveau, trajets dont nous n’éprouvions pas la longueur, d’Italie en Grèce et retour, Autriche, Allemagne et traversée non-stop de Suisse pour boucler le tour.

Un bouton pour écrire encore sur toute feuille qui traîne, destination poubelle comme toutes précédentes, si à ce moment-là elle n’avait été lue.

Un bouton pour défaillir encore, au terme d’une visite de la Villa Borghese, sous les lauriers-roses fleuris des rues du vieux Rome, sous le soleil brûlant de cet été… et en quittant la ville éternelle, au bord de l’autoroute, apercevoir des bidonvilles, être frappé par les contrastes…

Un bouton pour contempler une nouvelle fois de ses propres yeux la tour de Pise, les ruines de Pompéi, les plages noires de Naples, le Vésuve…

Un bouton pour assister à la fête du canal à Venise, le reflet du carnaval dans l’onde tourmentée par les vaporetti…

Un bouton pour comprendre, au cœur de la nuit sur le pont d’un ferry naviguant vers la Grèce, pourquoi la Voie est Lactée, et sentir simultanément son existence si minuscule au sein de ce si immense univers

Un bouton pour rêver toujours éveillé, à la belle étoile, sur une plage de Grèce qui s’offrait à nous seuls.

Un bouton pour gravir les marches de l’Acropole, aux côtés d’un groupe de touristes américains, converser en anglais avec eux, se sentir pour la première fois partie d’une seule et grande humanité, simplement citoyen du monde ;

Un bouton pour retraverser Athènes, au cours du brouillard noir des pollutions du Pirée, à la recherche du bon Stade Olympique, labyrinthe moderne étendu en tous sens à perte de vue…

Un bouton pour soupirer à nouveau devant les ruines des temples d’Olympie, mesurer les forces qui avaient élevé tant de colonnes, et celles qu’il a fallu pour les mettre à bas, être bien peu de choses…

Un bouton pour se déchausser encore à l’entrée de l’auberge de jeunesse d’Innsbruck, penser un instant préférer l’Europe du Sud, se dire finalement que la diversité est richesse…

Un bouton pour tout mélanger, ne plus savoir exactement quel souvenir appartient à quel trajet, quelle destination, quelle année, relire ses premières traces écrites, ses poèmes d’antan, se dire qu’il serait temps de repartir, de revenir et d’éprouver encore.

Un bouton pour emmener avec soi famille, pour que jeunesse aussi s’empare du voyage et le fasse sien.

Le goût du voyage s’ancre dans les souvenirs qu’il laisse, dans les rencontres qu’il offre, dans la parenthèse qui peut se rouvrir intacte une semaine comme quelques décennies plus tard.

Un bouton pour mesurer à quel point toute aventure – même la plus dérisoire – peut influer sur le cours de nos vies, croire que s’il y a vingt ans je n’avais pas fait ce voyage, aujourd’hui je ne serais pas écrivain, alors qu’en réalité je ne serais simplement pas le même écrivain.

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