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Juin 27 2013

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Trois cœurs en fusion – Un projet de roman désormais libre

 

Petite introduction au projet

Le 11 avril 2011, un mois après les tragédies japonaises, je publiais sur l’ancêtre de ce blog un billet intitulé « Trois cœurs en fusion – Ouverture ». De ces émotions, de ces idées, une histoire, un roman pouvait naître, j’en étais convaincu.

Le temps d’y travailler, et deux ans après, j’en reste convaincu. J’ai surtout récemment fini par accepter ce pincement que je ressentais de longue date, sans pouvoir m’y résoudre : ce n’était pour moi ni le bon moment ni les bonnes conditions pour l’écrire, et je ne pouvais délibérément pas laisser dormir un tel projet dans un tiroir, au milieu de tant d’autres, en attendant l’hypothétique concours de circonstances qui, un hypothétique jour, m’aurait permis de le conduire à son terme, en respectant l’idée primordiale que je m’en étais fait.
C’est pourquoi j’ai décidé, il y a quelques semaines, de rendre ce projet de roman libre (sous licence Creative Commons – Paternité), pour que celles et ceux qui le souhaitent le consultent, s’en emparent, et écrivent ce dont je ne suis pas aujourd’hui capable.
Une clé de construction : le chiffre 3
La récurrence du chiffre 3 tout au long de ces événements m’a profondément secoué, au-delà même de la violence des images, des conséquences humaines, planétaires… Elle est donc devenue logiquement la clé de construction du projet tel que je l’ai imaginé.
La carte mentale dessinée il y a deux ans retrace ou restitue cette réflexion :
Carte mentale - Mindmap
En quelques mots. En mars (le 3 troisième mois de l’année) 2011, 3 membres d’une même famille, issus de 3 générations différentes (le grand-père, le père, la fille) sont chacun touchés par une des trois catastrophes (le tremblement de terre, le tsunami, le désastre nucléaire). Au milieu d’un village dévastée, au plus près des réacteurs incontrôlables, dans la capitale frappée par les répliques et les coupures d’électricité, chacun va devoir faire son deuil du présent, du passé ou d’un avenir (3 temps).
Voici, condensé dans un tableau, les éléments de ces multiples tryptiques :
Catastrophe qui touche le personnage Tsunami Fukushima Tremblement de terre
Elément L’eau Le feu La terre
Personnage Le grand-père Le père La fille
Métier / occupation pêcheur (en mer)
ancien yakusa
ouvrier chez un sous-traitant de Tepco
présent sur le site au moment du tsunami
Cadre supérieure dans une grande entreprise japonaise développée à l’international
Âge approximatif 75 ans 50 ans 30 ans
Son deuil à mener Le passé (un instant détruit ce que toute une vie a à peine suffit à construire) Le présent (faire le deuil de sa propre existence au cours des quelques jours qui lui reste à vivre, se résoudre à un sacrifice finalement pas si volontaire) Un certain avenir (enceinte d’un enfant conçu dans un monde qui, d’une certaine façon, n’existe plus)
La métaphore / le rêve / le cauchemar les bâteaux des poissons-pêcheurs (chevauchant les vagues destructrices, venus prendre dans leurs filets les humains) se rêve en gardien des 3 dragons (les trois réacteurs) ?
Notes complémentaires sur les personnages :
  1. Traits communs
    A travers ce roman, je voulais mener une réflexion (quasi-philosophique) sur le caractère universel de ses catastrophes, sur les leçons que l’humanité, dans son ensemble, devrait (les plus pessimistes auront lu « aurait dû ») en tirer, à travers ce que ces trois destins convoquent en chacun de nous.
    De fait, l’artifice de Cormac Mc Carthy (La Route) de personnages sans prénom, sans identité, me plaisait : non nommés, ces personnages peuvent être chacun ou chacune d’entre nous. Les noms – prénoms, pas plus qu’ils n’orientent ou apportent une sympathie quelconque vers l’un ou l’autre des personnages, ne les rejettent pas non plus à l’opposé de nos existences.
    Ils s’identifieraient donc bien plus par leur rôle dans la famille, leur place dans la société, que par leur état civil.
    En termes d’apparence physique, même parti pris : pas de description, tout juste quelques traits sommaires, ceux que l’on prêterait à un vieil homme travailleur de la mer toute sa vie durant, ceux d’une jeune working-girl dans une mégalopole de 30 millions d’habitants. Couleurs des yeux ou corpulence ne comptent pas ici, ce sont les âmes qui sont touchées, mises à nues, qui souffrent et se remettent en cause. Les personnages n’ont pas besoin d’être des individus particuliers, mais des êtres-types, sur lesquels chaque lecteur projetterait ses propres représentations.
  2. Le grand-père
    Issu d’une longue lignée de pêcheurs, installée dans un village côtier du nord Tohoku, la mer lui a tout donné. Modeste patron pêcheur, avec son propre bâteau, il s’est inscrit dans la tradition familiale, et n’envisageait pas que ses deux fils y dérogent.
    Au moment du tsunami, il est, comme chaque matin depuis une trentaine d’années (33 ans serait excessif dans la récurrence du chiffre 3 ?), monter jusqu’au temple qui surplombe le village, prier pour sa femme – morte quelques années plus tôt – et pour son fils aîné. Ce dernier est mort en mer, lors d’une de ses premières sorties en tant que pêcheur. Depuis l’esplanade du temple, qui domine le village et la mer, il assiste aux vagues qui vont balayer son village, son passé, son existence, ses repères, et en même temps couper du monde toute cette vallée.
    Au milieu de la dévastation, une fois redescendu du temple, oscillant entre la recherche de victimes et de souvenirs, de son bâteau que la mer aura emporté dans son reflux, il devra faire le deuil des traces matérielles de son passé, s’interrogera sur le sens d’une existence où tout ce qu’il a construit, tout son travail, aura finalement été annihilé par les forces de la Nature. L’homme ici, reprend conscience de toute sa fragilité, et sa dépendance aux éléments. Quoi que tu fasses, aussi puissant que tu deviennes, tu seras toujours asservi à la volonté de la nature.
    Et alors que les secours peinent à arriver, il regrettera, il y a longtemps (peu après la mort de son fils aîné), d’avoir chassé son autre garçon, qui ne voulait pas embrasser la carrière, lui qui rêvait d’une existence moins modeste, de fortune et de gloire, et qui déshonorait la famille en s’orientant vers le crime.
    Déplacé (déraciné), accueilli en centre d’urgence, avant d’être « retrouvé » par sa petite-fille, qu’il visitera à l’hôpital au moment de son accouchement (voir ci-après).
  3. Le père
    Chassé de la famille, il s’est débrouillé seul, trouvant refuge pendant une dizaine d’années au sein du clan qui l’a accueilli. Il pensait y trouver satisfaction à son ambition, sa soif de fortune et de gloire (et à son individualisme). Au cours de ses années de yakuza, il rencontre une femme, avec qui il vit une brève mais intense histoire d’amour. Elle tombe enceinte, ils se quittent avant la naissance de l’enfant, lui fuyant l’idée d’être père (et toujours aussi égoïste), elle sous la pression de sa propre famille, qui n’apprécie pas ses fréquentations.
    Au début des années 1990, il renonce à sa carrière – en demi-teinte – de yakuza (conséquence aussi des lois de 1992-1993), et se retrouve – principalement pour la paye – comme technicien de maintenance dans le nucléaire, chez un sous-traitant de Tepco. Arrivé à 50 ans, seul, vivant à peine mieux que s’il avait suivi les conseils de son père, il est dans un état d’esprit général où il constate ses échecs, et remet en cause les choix de sa jeunesse, au point d’avoir renoué récemment un contact épistolaire avec sa fille.
    Le jour du tremblement de terre et du tsunami, il est en intervention sur la centrale nucléaire de Fukushima. Pris au piège comme les autres employés de la centrale qui n’ont pas évacué entre le séisme et le tsunami, il va devoir contribuer pendant plusieurs jours à contenir la situation (voir Fukushima 50, les sites anglo-saxons sont bien meilleurs et plus riches sur le sujet). Il y voit l’occasion de donner un sens à sa vie, de faire enfin quelque chose de bien, et se porte donc volontaire pour les missions les plus périlleuses, au cours des réacteurs en perdition. Entre deux interventions, dans des locaux nus, à même le sol, alors que tout autour est dévasté et que le cataclysme menace, il réfléchira aux monstres technologiques que l’homme a engendré (et par analogie celui qu’il aurait pu devenir, s’il n’avait pas quitté le côté obscur).
    Au bout de quelques jours à ce régime, il va souffrir d’un syndrome d’irradiation aiguë, qui va le conduire – à l’isolement et dans le plus grand secret, et tel un cobaye sous l’observation des scientifiques – dans un pavillon du même hôpital que celui dans lequel sa fille accouche, dans le Nord de la capitale. Il déjouera la surveillance des gardiens pendant la phase de latence pour s’enfuir du bâtiment et, dans les jardins de l’hôpital, se retrouver fortuitement face à son père (venu voir son arrière-petit-enfant).
  4. La fille
    Elevée seule par sa mère et par ses grands-parents maternels, elle a réussi une scolarité exemplaire en dépit de conditions de vie difficile. Grâce à une bourse, elle a pu aller étudier à l’étranger (Etats-Unis) où elle a rencontré celui qui deviendra son mari et le père de son enfant (elle est enceinte, 8ème mois ?). Revenue au pays pour travailler (un poste de cadre supérieure dans une grande entreprise japonaise – aux RH ?), elle vit depuis les hautes tours de Tokyo le tremblement de terre et ses suites. Au rythme des répliques, elle vit le tsunami qui ravage le village natal de ses grands-parents paternels, puis la perte de contrôle à Fukushima Daishi, où elle sait que son père travaille en ce moment.
    Jeune femme moderne, baignant dans une culture mondiale et dans la technologie, elle constate avec effroi cet enchaînement de catastrophes exceptionnelles (que rien ne semble pouvoir arrêter), qui menace à la fois de la couper de ses racines, mais également de transformer à jamais le monde dans lequel elle voulait voir grandir son enfant. Alors que tout est à reconstruire, alors que les fondements même de la société japonaise sont ébranlés, alors que la confiance envers les autorités s’érode (la guerre de l’information, elle qui a accès aux médias étrangers l’effraye), tout en se concentrant sur le bien-être de l’enfant qu’elle porte, elle part à la recherche de son grand-paternel et se surprend à s’inquiéter pour son père.
    Finalement, l’hôpital dans lequel elle accouchera rassemblera les trois, un peu par hasard, pour la naissance de l’enfant, qui incarne un certain espoir.

 

 

Notes sur la construction du récit :

Deux solutions possibles, entre lesquelles je n’ai pas su trancher :
– entremêler ces différentes histoires, à la façon de mes précédents romans, imposant de fait un narrateur extérieur, un récit majoritairement à la troisième personne du singulier
ou
– les séparer, comme une pièce en trois actes (acte 1 : le grand-père ; acte 2 : le père ; acte 3 : la fille), et à chaque fois l’usage de la première personne du singulier, en dépit de personnages anonymes, qui deviendraient de fait trois voix fortes, puissantes.
Et un épilogue pour les réunir tous, dans ce jardin où les quatre générations se croiseraient un ultime et court instant…


Et pour commencer
L’incipit du roman pourrait être le suivant : « Désormais je sais ce que ressent le trait de crayon entre le papier et la gomme. Comme je sais ce que ressent la maison qui se croyait inscrite sur cette terre à jamais et dont la vague n’aura finalement rien laissé, sinon un si léger sillon.« 
Quelques indications bibliographiques
– Ce n’est pas un hasard, par Ryoko Sekiguchi, éditions POL
– et énormément d’articles de presse, trop nombreux pour les citer ici (française notamment, quotidienne ou hebdomadaire, de mars / avril 2011, 2012 et 2013 – à l’occasion des tristes anniversaires)
– anglophones, c’est un sujet sur lequel il faut trouver des sources en anglais (notamment parce que les Français ont une vision du nucléaire peut-être un peu biaisée, parfois).
Quelques sites Internet utiles

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