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Jan 18 2013

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Palais des glaces (échange avec Isabelle Pariente-Butterlin, janvier 2013)

Elle s’étend devant toi, tu t’y mires, tu crées tes reflets, d’une glace à l’autre. Chacun différent, mais issu du même moule, porté par la même âme.

Un extrait de toi, qui perdure au-delà de ta présence, et que tu retrouveras en revenant, dans quelques heures, dans quelques jours, comme autant de tes rémanences.

Ils viendront devant elles comme tu es venue devant les miroirs, comme tu t’y es inscrite, comme tes reflets ont trouvé leurs reflets. Et les liens qui s’y nouent.

– Je ne suis plus ton amie.

Souvenir de l’enfance, sentence et douleur, brouille au bout de l’embrouille. L’amitié se construisait sur des affinités, sur des choses vécues en commun, sur des complicités bâties dans les moments où vous grandissiez ensemble. Et encore aujourd’hui, dans l’expérience physique de la vie, la force des sentiments – quels qu’ils soient – réside dans leur réciprocité, et se forge avec la lenteur propre aux paysages, sans linéarité, parfois même sans évidence, sans alchimie primordiale. La déchirure et le raccommodage participaient du processus de construction de la relation qui est vôtre.

Même vos reflets ne peuvent figurer avec justesse l’émotion qui est vôtre lorsque vous vous retrouvez, lorsque la voix de l’autre enfin résonne, lorsque vos repères communs ressurgissent et fusionnent. Ou lorsque l’une d’entre vous prend ses distances, même en l’annonçant dans le palais des glaces.

Mais les autres… Dont tu ne connais qu’un des reflets, et qui ne connaissent qu’un des tiens. Rencontres que peut-être le monde borné à la réalité physique de nos existences n’aurait pas pu permettre.

Je t’aime.

Il t’a lue. Tu l’as lu. Souvent sans que l’autre ne le sache, tant il est facile ici de s’observer en cachette. Vous vous êtes écrits aussi, parfois. Des messsages sans destinataire précis, mais qui avaient pour don de toucher l’autre comme l’archer aux yeux bandés trouve le cœur de la cible. Et maintenant que son reflet déclare sa flamme à ton reflet, c’est toi qu’il émeut, traversant les glaces comme si elles n’existaient plus. Le sentiment que tu ne croyais pouvoir ressentir que pour l’être de chair. Existe-t-il vraiment ? Vos images vous sont-elles suffisamment fidèles pour ne pas compromettre ce lien qui s’est tissé ? Qui vous rend l’un à l’autre indispensables, comme si vous vous étiez côtoyés depuis la nuit des temps.

Ce sentiment, né hors sol, sur des terres artificielles où il a grandi et prospéré, survivra-t-il à la matérialité, au face-à-face, à la fonte des glaces ?

Reine sans palais, orpheline de tous paravents translucides, lui qui a vu ton âme nue la découvrira incarnée. Heureusement pour toi, la vérité rarement appartient à l’instant. Si toi tu doutes, ton coeur, lui, saura.

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