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Nov 05 2013

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Le physique n’est pas important (enfin presque)

Dans les moments d’écriture passive – et ils sont nombreux en ce moment – se nichent toutes sortes de réflexions, d’analyses, sur la façon dont l’écriture a évolué depuis mes deux premiers opus. Le fait d’être aussi pour la première fois d’écrire un roman en tant qu’écrivain, de ce que j’ai appris en rencontrant mes lectrices et lecteurs, sont autant d’éléments qui influent et vont influer sur ma façon d’aborder les choses. A commencer par la création des personnages.

 

Une grande partie du travail préparatoire, et de la construction des intrigues, réside dans la création des personnages (sans eux, le roman n’existe pas). L’auteur débutant que j’étais, sans assurance, sans certitude, commençait d’abord par leur créer un physique, une apparence, dès les toutes premières minutes de leur existence. Sans doute de vieilles réminiscences de ces cours de français sur l’art du portrait à l’issue desquels, en élève appliqué, je commençais mes histoires par décrire mes personnages, par leur donner un nom, un prénom. Ils gagnaient ainsi en présence, parce que je pouvais convoquer leur image mentalement, avec une grande précision. Il n’y avait guère que pour les personnages secondaires, éphémères, que la contrainte s’effaçait pour privilégier l’inspiration du moment.

 

Aujourd’hui, il me semble vivre une autre approche : le personnage se crée d’abord par sa propre histoire – son rôle et ses actions au cours du roman, son passé, ses relations avec les autres protagonistes – avant d’être décrit dans son détail physique. Le physique n’a plus d’importance, ou plus exactement j’en ai moins besoin comme béquille, comme étai pour construire mon personnage. Il découlera, peut-être plus naturellement, de la biographie du personnage – qui prend une ampleur considérable, déjà perceptible par exemple avec Damien Beausoleil, dans Un dollar le baril. L’apparence précise n’intervient désormais plus que dans un deuxième temps, au service de l’intrigue, par ces traits de caractère ou des particularités physiques – du détail – qui pourront au cours d’un chapitre être déterminants.

Je vois désormais plus les personnages principaux […] comme des harpes

La personnalité prend donc petit à petit le pas sur la personne, avec une plus grande richesse et une plus grande complexité. Je vois désormais plus les personnages principaux – les anciens, que vous retrouverez je l’espère avec plaisir, et à plus forte raison les nouveaux – comme des harpes : suivant les situations, suivant les lieux, suivant leurs interlocuteurs, des cordes différentes de l’instrument qu’ils deviennent sous la main de l’écrivain seront sollicitées. De fait, un même personnage dans ses différents rôles sociaux aura soit une certaine constance (pour les plus entiers et les moins calculateurs), ou au contraire des visages / comportements assez marqués (dissonants), que le lecteur découvrira de façon progressive, rendant les apparences trompeuses ou les premières impressions toujours bonnes suivant les cas. Il resterait, pour les ultimes rebondissements, les parts d’ombre (et je ne parle pas ici de Combi Volkswagen !), le cœur profond de la personnalité des êtres les plus complexes, l’intimité, l’accès aux pensées les plus secrètes ou le réveil des instincts les plus ancestraux.

Désormais, plus encore qu’avant, chacun emporte / apporte avec lui sa richesse, ses inflexions de trajectoire : ces instants de vie où une décision, une action, sienne ou d’autrui, modifie durablement ou définitivement le cours de l’existence du personnage ou manque de le faire (les actes manqués). Fruits de la raison ou de la folie, responsables ou victimes, les choix (ou les renoncements, la soumission), les construisent bien plus que leurs corps, la couleur de leurs yeux, la pointure de leurs chaussures.

 

Cette densité renforcée introduit aussi une véritable tension dans l’élaboration de mon plan de travail (le canevas ou le séquencier du roman), par le tri indispensable que la multitude d’événements individuels impose, du moment le plus opportun pour aborder tel ou tel, de la façon même de les évoquer (avec quels yeux, à quel temps,… ?). Et accessoirement, l’impression de mettre dans mes personnages encore plus de moi qu’auparavant…

 

A suivre dans quelques temps : bons et mauvais effets de surprise

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(2 commentaires)

  1. Marlen Sauvage

    Entièrement d’accord avec votre point de vue : la part laissée au lecteur est aussi plus importante et chacun reste ainsi acteur de sa lecture que l’on dit pourtant passive… Merci de partager votre manière d’aborder un endroit essentiel du roman qu’est la création des personnages.

    1. Christopher Selac

      Merci pour votre lecture et pour votre intérêt ! Le lecteur est bien plus actif et attentif que beaucoup peuvent le croire. Je continuerai à en faire la démonstration dans le prochain billet sur les effets de surprise.

      A très bientôt,

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