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Déc 20 2013

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Faux airs (échange avec Anna Jouy, décembre 2013)

 

La photo aurait pu être prise aux Philippines, après le passage du supertyphon Haiyan, du côté de Tacloban. Elle aurait pu…

Après tout, la toiture en lambeaux, le sol jonché de débris, dans ce qui aurait pu être un ancien palais, monument hérité de la colonisation espagnole… Elle aurait pu…

Il y aurait eu, sous les planches de bois jetées par le tumulte, parmi les morceaux de verre, un pied, une main qui dépassent. Il y aurait eu des rescapés, petits et grands, hagards dans leurs vêtements maculés de boue, de poussière, de fatigue, à la recherche de survivants, d’effets personnels, de tout moyen de subsistance.

La photo aurait pu être prise par un journaliste, dépêché spécialement pour couvrir le désastre, par une humanitaire, venue sauver ce qu’il reste à sauver, venue aider ceux qu’il reste à aider, en se demandant par qui, par où, par quoi commencer. Elle aurait pu…

Mais la photo n’a pas été prise aux Philippines, loin de là. Elle n’a pas été prise après le passage du supertyphon Haiyan, ni du côté de Tacloban. Loin de là… Seuls le temps qui passe, bien plus que le temps qu’il fait, l’indifférence, l’abandon ont eu raison du lieu. Un lieu parmi d’autres, un lieu comme il y en a tant à côté de chez nous, à nos portes, dans nos villes, au creux de nos campagnes…

Tant d’endroits où le lieu en ruines n’entraîne pas désespoir, mais jeu, aventures, projection dans l’imaginaire, transgression, transition, trafic aussi. L’un est survivance d’un passé glorieux qui lentement s’étiole, l’autre est urgence et survie.

Les ruines d’Anvers n’ont avec celles de Tacloban de commun que l’état présent. Les unes meurent d’indifférence. Les autres ne devront pas.

 


Au moment de choisir notre thème de travail, avec Anna, nous avions retenu cette photo. Quelques jours plus tard, Haiyan lançait ses vents à plus de 300 km/h à l’assaut des Philippines. Et après son passage, d’autres images, des points communs. Aujourd’hui, presque un mois après, en France au moins, rares sont ceux qui encore parlent de Tacloban, de ses survivants, de l’aide humanitaire dont ils ont besoin. De nombreuses organisations appellent encore au don, et notamment l’Unicef. Ne les oubliez pas.

 

 

 

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