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Fév 01 2013

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Instants du rail, par Christine Leininger

Avant la Chandeleur, autant se mettre en appétit avec force lectures, et rien de mieux pour cela en ce premier vendredi du mois que de se plonger dans les Vases Communicants (liste tenue non sans maestria par Brigitte Célérier). L’occasion pour moi d’accueillir le texte (poétique et nostalgique) de Christine Leininger, pour un échange autour de trains et gares. Et vous me trouverez quai n°4, sur son blog Les Embrassés.

Instants du rail

 

Sur le chemin du faire. Arpente, trace des courbes parallèles.

Elle pose ses pas délicats sur les rails qui mènent de la gare abandonnée au sentier de la colline. Le village est délaissé des trains depuis des décennies. Dans les ruines roses du bâtiment, elle avait trouvé son premier baiser. Et quelques roses survivantes et devenues sauvages pour égayer les tables de la cour d’école, en contrebas, face au cimetière. La gare est vendue et retapée, plus question d’y veiller les trains fantômes dans des bouffées volées de premières cigarettes. Le faire-là c’était celui des cueillettes et promenades. Suspendu, le temps y est au frais.

Les deux banquettes de cuir rouge les mettaient dans un face à face torride en cette nuit de décembre au bout de laquelle les attendait Prague dans ses plus fraîches humeurs. Enroulées de matières, les chairs si tendres auto-fusionnent quand ce train indélicat s’arrête à toutes les gares, toutes les frontières, tous les contrôles, toutes les heures. Et les langues déliées de désir mélangent les sens : deux personnes et trois idiomes pour un si petit compartiment et pourtant cela fait signifiance même sans les mots.

Percute le temps et regarde ces ballons et gerberas au bout d’une gare allemande où les petits pas fatigués se pressaient d’arriver. L’Alizé qui danse alors au bout des quais est doux et court en d’air. Il en a fallut faire des kilomètres pour une demoiselle de trois pommes pour rencontrer des grands qui ne parlent pas comme nous. Les comprendre à travers les rires et les effluves de vin, c’est… tout.

Combien de joies et d’yeux gonflés ont salué le sifflotement des freins… Saccadé le son quand les roues glissent sur des rails qui se croisent. Le cœur bat et fait tout un tintamarre couvert par le bruit des wagons qui coulissent. Encore un moment de vrai dans cette rencontre hivernale où le sable se laisse faire dans ce sud que février délaisse.

Et ces mots d’une mère : je ne t’amènerai plus au train.

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